Attentats

23 avril 2019 § 0 commentaire § permalien

Massacre de la Saint-Barthélémy – François Dubois – 1576 -Lausanne, MCBA

     Je ne comprendrai jamais que des êtres humains puissent attenter à la vie d’autres êtres humains. Les bombes qui ont fait plus de trois cents morts et presque le double de blessés au Sri Lanka furent posées par des individus semblables à ceux qui en furent les victimes. Et pourquoi ? Pour quelles raisons ? Si au moins la guerre, l’envahisseur, pouvait justifier un tel déferlement de haine à l’encontre du soldat ennemi, pourrais-je expliquer, admettre ces meurtres. Mais ces morts ne demandaient rien, n’envahissaient rien, ne prétendaient à rien, sinon vivre en paix dans leur foi, leurs vacances ou leur travail. Alors, pourquoi ? Nul ne le sait véritablement, sinon a priori une haine religieuse d’un petit groupe islamiste qui jusqu’alors ne s’en prenait qu’à des statues.

     C’est du moins l’hypothèse des dirigeants sri lankais.

     Qu’importe, des vies sont désormais brisées, inutilement ; car, qu’adviendra-t-il ensuite ? Rien, sinon la répression. Qu’obtiendront les poseurs de bombes ? Rien, sinon la réprobation quasi générale et le châtiment s’ils sont condamnés.

     Alors, pourquoi ? La question reste malheureusement sans réponse eu égard aux actes identiques qui ponctuent les siècles de taches sanguinolentes.

     Mis à part l’attentat de Sarajevo, prétexte fallacieux de déclenchement d’un conflit meurtrier, qu’auront apporté tous les autres massacres, quand bien même sont-ils imaginés pour précisément provoquer des conflits ? C’est vraisemblablement avec cet espoir qu’agissent les islamistes radicaux, à l’instar, entre autres, des anarchistes du siècle passé, des instigateurs du massacre de la Saint-Barthélémy ou des criminels en tout genre guidés par la religion, la domination ou encore la jouissance d’affirmer une vaine idée de vengeance.

     La haine est toujours à l’origine de ces tueries et leurs auteurs ne sont pas forcément ces stratèges imaginés mais tout bêtement ces gens de peu assouvissant une colère que d’autres, plus machiavéliques, leur auront patiemment instillée. Le massacre des juifs, récurrent au cours des siècles, en est le parfait exemple tout comme les génocides arméniens, cambodgien, tutsis…

     Ce qui ne te ressemble pas, ne pense pas, ne parle pas comme toi, ne prie pas comme toi, ne doit pas subsister, car c’est là sans doute une atteinte à ta tranquillité. Ce qu’il faut donc avoir peu de confiance en soi pour raisonner ainsi. Ce qu’il faut surtout de mépris envers sa propre race, car celui que tu élimines, ce n’est jamais que toi dans l’autre, ton reflet dans le miroir.

     Les assassins tuent ignorant que leur glaive est celui qui les transperce.

     Allez, portez-vous bien, comme dirait l’autre et si la barbe ne fait pas le philosophe, rappelez-vous de prendre garde au bœuf par devant, à l’âne par derrière et à l’imbécile de tous côtés.

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Notre-Dame

17 avril 2019 § 0 commentaire § permalien

Notre-Dame sous la neige – Eugène Galien-Laloue

     Il est étonnant de constater avec quelle constance tout est sujet à polémique. Il ne s’agit nullement d’esprit critique, ce qui serait nécessaire et profitable, non, de la seule acerbité due à la méchanceté, la convoitise, la jalousie. Ça n’a pas manqué, des esprits chagrins, pour ne pas dire décérébrés, ont critiqué l’émotion qui s’est emparée d’une foule sidérée après l’incendie de Notre-Dame.

      Du premier imbécile venu au syndicaliste bon teint, les dons des riches, pour ces bilieux, ne sont qu’étalement de leur superbe et non acte désintéressé. Dans sa prose haineuse, un crétin – mais il n’est pas le seul débile péremptoire – se plaît à invoquer un complot qu’il aurait prévu de longue date, une machination dont il est certain, d’un cartel d’entreprises manipulant dans l’ombre Macron ourdissant (je n’ai pas bien compris qui ourdissait tant était fumeuse la thèse) le projet d’incendie pour que ces donateurs obtiennent les travaux de réfection, évoquant pour preuve – ce qui m’interroge sur la santé mentale du dit prédicateur – la destruction des Twin Towers ou l’incendie du Reichstag. D’autres s’étonnent même que de vieilles poutres de chêne puissent s’enflammer, eux qui peinent pour allumer au chalumeau leur barbecue dominical. Du grand n’importe quoi qui n’a pu fuser qu’aux détours de neurones que l’alcool, ou la démence, entortille. Jusqu’à quelques prétendus économistes qui regrettent cette générosité trop ciblée ou de soi-disant penseurs dont les croassements expliquent qu’après tout, l’éphémère étant la caractéristique de la vie, la destruction partielle d’une œuvre d’art n’est que banalité.

      Mais il ne pouvait en être autrement puisque de nos jours la stupidité déferle à la vitesse d’un torrent de boue, saccageant les esprits.

      Finalement, me suis-je dit sans doute pour me rassurer quant au devenir de l’espèce humaine, ne s’agit-il que d’individus aigris inconscients de leur médiocrité.

      Notre-Dame est à la France ce que le cœur est à l’être, lorsqu’il s’enflamme la déraison l’emporte.

      Tout a été dit et répété ces derniers jours sur le symbole des cathédrales et plus spécifiquement sur celui de Notre-Dame. Il n’est pas nécessaire d’y revenir. Mais retrouvant un brouillon concernant un autre sujet où je comparais ces flèches gothiques s’élançant vers le ciel à nos fusées modernes conquérant l’espace, je me dis que rien n’a changé depuis le moyen âge, depuis toujours en définitive, l’homme est à la recherche de l’inconnu, à la résolution de ce mystère : qu’existe-t-il au-delà de notre horizon ?

      Et la réponse ne peut transiter que par les symboles que nous créons, totems devant lesquels nous nous prosternons, humbles côtoyant notre grandeur, et pour lesquels, grands ou petits, riches ou pauvres, croyants ou non, nous fûmes et sommes toujours majoritairement unis et prêts à tout pour les bâtir, les ériger ou les restaurer ; donner sa vie, sa liberté, son temps, son argent. 

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Un coup de dés jamais…

8 avril 2019 § Commentaires fermés sur Un coup de dés jamais… § permalien


Les joueurs de Tric trac – 1653 – Aert Cosyn
   Les aventures qui vous surviennent facilitent la compréhension de la réalité des choses.
   L’autre jour, circulant en voiture, une ambulance, dont je compris lors de la rédaction du constat amiable qu’elle était pilotée par une débutante, vint dans un virage qu’elle prit trop serré heurter mon rétroviseur et en brisa le miroir. Le choc fut violent et bruyant, ameutant le chien qui dormait à l’arrière. 
   L’accident eût pu être plus important ou dramatique bien que le véhicule d’en face était dédié précisément aux blessés et malades en tout genre. Mais ce n’est pas cela qui ensuite occupa ma réflexion. 
   Pourquoi, me disais-je, a-t-il fallu que nous nous croisassions précisément à cet instant T alors que circuler une fraction de seconde plus tard ou plus tôt eût évité cette rencontre. 
   Ce concours de circonstance prouvait, s’il le fallait, que la vitesse, ou autre élément régulièrement évoqué par les prosélytes de la répression, n’était nullement en cause. Il suffisait que je roulasse un peu plus vite, ou plus lentement, ou bien que la conductrice adverse fît de même, que celui qui l’accompagnait prît le volant ou encore que l’un de nous deux partît plus tôt ou plus tard, s’arrêtât en route, perdît quelques secondes à tel ou tel endroit, subît un quelconque ralentissement ou l’inverse, modifiât son itinéraire pour que nous ne nous rencontrâmes pas en cet instant et ce lieu précis ; et pour que l’accrochage fût inexistant. 
   Le hasard voulut qu’il n’en fut rien et il en est ainsi de tous nos actes de la vie. Lorsque nous sortons de nos demeures qui peut affirmer que le temps passé à chercher la clef qui fermera la porte ne constituera pas l’élément qui provoquera ou évitera un fâcheux concours de circonstance ? 
         
  Un coup de dés…/… jamais…/… n’abolira…/… le hasard… 
                       
                     …avant de s’arrêter
                  à quelque point dernier qui le sacre 
                 Toute Pensée émet un Coup de Dés 
                
                 Stéphane Mallarmé
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Les algorithmes et Carlos Ghosn

7 avril 2019 § Commentaires fermés sur Les algorithmes et Carlos Ghosn § permalien


Estampe japonaise-Torture-Yashitoshi
   Les algorithmes nous gouverneront-ils bientôt – si ce n’est déjà ? 
   Dans mon dernier billet, l’autre jour, j’évoquais Octave Mirbeau que j’inscrivis dans les mots clefs facilitant la recherche pour m’apercevoir quelques jours plus tard que le correcteur automatique avait sévi en modifiant autoritairement ce nom qui lui était inconnu. C’est cela un algorithme, un programme informatique destiné à calculer à votre place. Sans intelligence, esprit critique ou de déduction, ce bout de code impose sa terreur mathématique comme au bon vieux temps des révolutionnaires. 
   La correction qui s’ensuivit avait transformé Octave Mirbeau en Octave Mirabeau. Ce qui n’a rien à voir et ne signifie rien car, si Mirabeau exista, jamais il ne se prénomma Octave mais Honoré-Gabriel. Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, révolutionnaire et royaliste à la fois, orateur talentueux, jacobin, créateur du drapeau tricolore, mort à 42 ans des suites vraisemblables d’une jeunesse débauchée, premier panthéonisé puis déplacé en raison de la découverte de ses liens avec la famille royale. 
   C’est lui qui s’écria dans l’assemblée que les députés n’en sortiront que par la force des baïonnettes. 
   Voilà ce à quoi on peut s’attendre lorsque ces suites mathématiques, qui consistent à résoudre les problèmes, verront leurs tâches se généraliser dans la vie quotidienne. Ces bouts de code remplaceront les baïonnettes en étant peut-être tout autant létales. Déjà les réseaux sociaux, Google et autres site de recherche les utilisent larga manu
   Bientôt peut-être la médecine ou la justice. 
   Quand on constate que les procureurs, et particulièrement japonais, qui réfléchissent autant qu’un algorithme programmé pour le résultat, agissent à l’identique d’un radar routier, il est indispensable de s’interroger et de s’inquiéter. 
   Tout acte de contrôle déshumanisé est source d’aberration. 
   Je n’éprouve ni sympathie, ni antipathie pour Carlos Ghosn dont la vie de dirigeant ne devait pas être si délectable que d’aucuns le pensent. Je l’ai vilipendé en son temps lorsqu’il accusa à tort certains de ses collaborateurs d’espionnage industriel. Leurré par son entourage, il ne prit pas le recul nécessaire au jugement et condamna, lui aussi, comme un radar, comme un algorithme. La fin de l’histoire fut plus heureuse pour ceux qui en pâtirent et les dédommagements reçus contribuèrent à l’apaisement. 
   Je lui souhaite un dénouement identique dans l’affaire qui l’emprisonne au Japon où la justice s’apparente à la barbarie plus qu’à l’humanité qu’une civilisation digne de ce nom devrait présenter. Faut-il s’en étonner d’un peuple qui se délecte de lutte éléphantesque et admet, au nom de la tranquillité, la condamnation sans jugement, c’est à dire l’aveu extorqué sous la contrainte ? Voire la torture psychologique et même corporel dans la façon dont les accusés sont traités afin qu’ils avouent, coupables ou non. 
   Rien ne peut justifier un pareil traitement et rappelle le sort des prisonniers de guerre lorsque le Japon ne respectait rien et surtout pas la convention de Genève qu’il ne signa pas. 
   Les crimes commis, tant envers les chinois – qui ne valent guère mieux – que les occidentaux auraient dû mettre ce peuple au ban des nations. Pour l’heure il l’est pour sa justice. Et l’affaire Carlos Ghosn aura eu un mérite, celui de dévoiler la barbarie dont ils sont coutumiers envers leurs semblables.
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L’amour selon Dieu, Allah ou les autres

3 avril 2019 § Commentaires fermés sur L’amour selon Dieu, Allah ou les autres § permalien

Mars et Vénus – Louis-Jean-François Lagrénée – 1770
 
 
    L’ambassadeur du Koweït en Autriche est une crapule. Malgré sa bonne bouille de musulman moderne, ce bureaucrate au sourire avenant est un salopard qui porte un prénom qui lui convient : Sadiq. 
 
   Sadiq Mohammad Marafi épousa en 2013 Hind el Achchabi, marocaine et dirigeante d’entreprise, laquelle divorça fin 2014, un an et demi après l’union, avec le consentement du diplomate. Lequel, dix-neuf mois plus tard, soit en juin 2016, porta plainte contre son ex-épouse pour adultère. 
 
   On ne rigole pas avec l’adultère au royaume du Maroc, surtout vis à vis des femmes, ce qui valut trois ans de prison, ramenés à deux, à Hind el Achchabi qui les a intégralement purgés dans la prison de Salé près de Rabat, incarcérée alors qu’elle venait d’accoucher depuis une dizaine de jours de sa seconde fille. Il fait bon vivre sous la dynastie alaouite où l’on juge et condamne ses ressortissantes faussement accusées, de surcroît par des étrangers. Tout juste libérée, la jeune femme risque à nouveau la prison pour une nouvelle affaire. Mais c’est une autre aventure qui n’a rien à voir avec son histoire d’amour. 
 
   Vous me direz que la sentence est bénigne eu égard à celle qu’elle eut encourue dans le sultanat édénique de Brunei si pour son malheur elle y avait vécu. Ici Hassanal Bolkiah, sultan de son état, n’est pas une crapule, c’est un assassin, puisqu’il vient de promulguer la charia en sentence des crimes d’adultère et de rapports sexuels entre hommes. On lapidera donc à partir d’aujourd’hui celles et ceux qui oseront s’aimer en dehors des normes. 
 
    Comme si l’amour pouvait se satisfaire des sentiers battus ! Où que ce soit ! 
 
   Cela me fait songer que les prêtres à qui l’on impose la chasteté ne peuvent qu’y déroger. 
 
   Et l’on s’étonne que certains d’entre eux aient pu apaiser leur désir avec des enfants. Enfants eux-mêmes, à la Michaël Jackson, qui n’ont jamais connu autre chose de l’école au séminaire que la sexualité puérile, ils poursuivent à l’âge adulte leur quête du plaisir. 
 
    Cela ne date pas d’hier. 
 
   Je lis actuellement un roman d’Octave Mirbeau paru en 1890, année où il se rallie à l’anarchisme, roman vraisemblablement autobiographique, tout au moins en partie, Sébastien Roch, ce jeune pensionnaire jeté en pâture par son père aux jésuites d’un collège de Vannes où il sera violé par l’un de ses professeurs, le père de Kern (en réalité Stanislas du Lac, prédicateur et confesseur de l’époque), aussi mielleux, salopard et criminel que l’ambassadeur et le sultan réunis cités plus haut, puisqu’après son forfait commis et le refus de l’enfant de poursuivre cette relation, craignant pour sa respectabilité et son avenir en cas de dénonciation, ce prêtre l’accusera odieusement auprès du recteur du collège d’atteinte à la morale et de comportement dévoyé afin qu’il soit renvoyé de l’établissement. 
 
   De cet épisode, Mirbeau conçut une haine de l’église et du cléricalisme ( » Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! « ), de toutes les religions qui asservissent l’homme. 
 
 Ce roman, dont le héros aux nom et prénom hautement symboliques, renvoie naturellement vers le cardinal Barbarin, condamné en première instance par les hommes mais absous par le pape. Semblable au recteur du collège qui devait connaître la faute de son subordonné et n’agit pas autrement qu’en chassant l’enfant pour préserver l’enseignant, le cardinal devait savoir le crime du prêtre de son diocèse mais se tut. 
 
   Ce roman n’est pas que la narration des crimes qui se perpètrent dans ce silence de mort angoissant des dortoirs, des chapelles, des confessionnaux, des recoins sombres propices aux abus que connaissent écoles – religieuses ou pas d’ailleurs –, colonies de vacances, camps scouts, garderies et autres rassemblements où se côtoient prêtres, pédophiles, prédateurs et enfants. Abusés, laminés, ces adolescents ne sont pas même soutenus par leur famille, à l’instar de Sébastien Roch rejeté par son père déifiant les jésuites. Ce roman est aussi le procès d’une société. 
 
   Il ne connut guère le succès ; pire, il fut mis sous le boisseau, comme il est dit et pourtant déconseillé dans l’évangile, et préluda à la conspiration du silence que subit Mirbeau pour son œuvre, plaidoyer pour une éducation libre, critique, débarrassée des scories religieuses afin que l’enfant s’épanouisse harmonieusement. Quels que soient les dieux vénérés. 
 
   Nous en sommes encore loin.
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