Si le Theil me racontait

Solange est éprise; éprise d’absolu et la légende de Beaucis et Philémon qui clôt son récit met un point d’orgue à cette espérance, l’histoire d’amour d’une jeune femme qui revient rêver sous les frondaisons de l’arbre qu’elle connut jadis. Le theil, le tilleul, cet arbre de la liberté qui lui confie son histoire mais entend aussi la sienne.
Histoires d’amour au pluriel sans doute, celle d’une époque révolue et regrettée, celle d’une mère disparue trop tôt, d’un père absent à qui l’on n’a jamais dit « je t’aime », celle de cœurs bons et généreux, celle d’une terre enracinée dans la douceur, celle aussi d’un avenir confiant avec sa technologie rapprochant les âmes.
Solange est éprise; éprise de poésie et les mots simples qui déroulent l’histoire consubstantielle de l’arbre et de la jeune fille, mais aussi du vieil arbre avec tous ceux qui croisèrent ses racines, de l’ouvrier limousin qui le transplanta lors de l’avancée du chemin de fer aux aviateurs tombés pendant le guerre en passant par le petit garçon réfugié pleurant le jour de son départ, à la solitude aussi des jours sans présence sinon celle des faneurs rentrant les foins dans le grenier de la vieille maison, se lisent d’une traite, sans arrière-pensée sinon celle de vouloir croire en une suite, l’histoire d’amour entr’aperçue à la fin de l’ouvrage entre la jeune fille et sans doute le petit lorrain, petit prince exilé. Et ces enfants sans nom, sans âge, deviennent le symbole de l’intemporalité; leur histoire se poursuit dans notre imaginaire, même si l’on sait bien, mais le cœur ne veut s’en convaincre, que l’osmose n’est qu’un rêve qu’il nous plaît de prolonger avec les mots.
Depuis la nuit des temps l’amour se grave dans l’écorce des arbres.
Si le Theil me racontait – Solange Tellier – éditions des 2 encres – 11€
Share Button