Psychanalyse en fauteuil

8 mai 2019 Commentaires fermés sur Psychanalyse en fauteuil

 

Lancelot combattant les dragons du Val sans retour – vers 1406-1460 – BnF

     Freud, qui distinguait une symbolique en toute chose, même et surtout quand il n’y avait rien à déceler, m’aurait vraisemblablement interprété illico le rêve que je fis l’autre nuit, moi qui ne rêve pratiquement pas. 
     Imaginez-vous en fauteuil roulant perdu dans une ville où chaque rue, chaque accès, est bloqué par un élément impossible à déplacer, partant à franchir. Les passants interrogés vous orientant vers d’autres rues, des quartiers inconnus, vous éloignant du but à atteindre et de ceux que vous devez rejoindre, quittés quelques heures auparavant de deux mains fermes actionnant les volants des roues du fauteuil. Un vrai cauchemar où l’on tourne effaré en rond. À devenir digne d’un dingue. 
     On ne sait pas grand chose concernant les rêves sinon qu’il surviennent lors du sommeil paradoxal et qu’ils intéressent au plus haut degré les apprentis sorciers psychanalystes. Mais leurs raisons d’être, leurs fonctions n’ont pas été mises en évidence. Aucune théorie n’est scientifiquement convaincante. Si Freud y voit une soupape de l’esprit permettant d’évacuer les traumatismes de l’enfance, pour Carl Jung c’est un moyen d’accéder à l’inconscient de l’individu d’aujourd’hui ; Hobson plaide pour une espèce de muse inspirant le créateur artistique ; un rappel à l’ordre pour d’autres, une régulation du stress selon Snyder, Bloch une sorte d’apprentissage ou encore une discrimination génétique pour Jouvet. Bref, on rêve sans savoir à quoi ça sert. 
     Pour ma part, le premier constat qui s’impose est de reconnaître que dans mon rêve, comme dans la réalité, il n’est pas facile de circuler dans une ville assis dans un fauteuil. C’est déjà d’une importance capitale. 
     Le second concerne la psychanalyse, cette escroquerie qui fait plus de ravage que de bien en vous propulsant aux limites de la psychiatrie. Je suis persuadé que si un émule de Freud lit ces lignes il voudra me convaincre que ma souffrance est intérieure et qu’il me fallait l’extérioriser ; le rêve pour ces charlatans étant l’accomplissement d’un désir, il m’aura sans doute permis de prendre conscience de la difficulté que j’aurai à surmonter pour accéder enfin à ce souhait refoulé. Une sorte de quête du Graal par un Lancelot affrontant des dragons. 
     Malgré toute l’attention que j’ai pu porter à l’analyse du cauchemar, je n’ai aucunement découvert le Graal en question et encore moins les dragons à vaincre. Sinon, tout bonnement, et d’une façon très prosaïque, vouloir éradiquer les imbéciles qui se garent n’importe où et bloquent le passage des fauteuil roulants et de ceux qui sont dessus. 
     Après tout, peu importe sa signification, l’interprétation des rêves est la preuve que la psychanalyse ne sert à rien. 
     De la même manière que l’homéopathie, l’acupuncture ou les autres médecines toutes plus fausses les unes que les autres qui ont tendance à fleurir en cette époque de troubles mentaux multiples relevant de la psychiatrie (naturopathie, thérapie manuelle, thérapie neurale, médecine chinoise et j’en passe des dizaines, sans oublier le véganisme, végétarisme, respirianisme et autres sectarismes sans oublier nos rebouteux millénaires) la psychanalyse ne déroge pas à la règle et ne repose sur aucun fondement scientifique. À l’identique des autres thérapies elle n’a jamais apporté la preuve de son efficacité, n’a jamais guéri quiconque, voire soulagé, bien au contraire. 
     Affirmer comme certains le font avec une candeur désarmante que son effet placébo est déjà une réussite en soi, n’est que l’affirmation inconsciente de son inefficacité. En effet, qui dit placébo dit, in fine, inaction. Imaginons une roue qui aurait un effet placébo ; ce serait une roue qui ne tourne pas, n’avance pas, n’entraîne rien, inactive, ne servant donc à rien. Tout juste bonne à contempler. 
     C’est très beau d’admirer une roue, mais ce serait mieux encore si elle vous permettait de vous transporter autrement qu’en rêve.

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