Sans raison

20 mai 2019 Commentaires fermés sur Sans raison

Pietà de Tarascon – avant 1457 – Paris, Musée de Cluny

     Pense-t-il vraiment ce qu’il chante ou ne sont-ce que des mots débités afin de soigner sa publicité ? Après l’incitation à  » Pendre les blancs « , ce rappeur inconnu a  » Baisé la France jusqu’à l’agonie « . Dans le cas d’une pensée consciente, il faut le traiter aux sédatifs, sinon l’immoler sur l’autel de l’oubli. Quoi qu’il en soit, il n’est digne d’aucune sympathie et c’est déjà faire grand cas de son imperceptibilité que de l’évoquer. Il est remarquable de noter que dans cette course à la notoriété tous les moyens sont bons pour tenter de gagner, même et surtout peut-être ceux les plus bas, les plus vulgaires, ceux qui flattent l’instinct le plus vil partagé par les masses, faisant preuve ainsi, non pas d’intelligence ou de raison, mais uniquement de démarche économique ou de marketing. Le rap n’eut jamais une quelconque essence poétique, voire artistique ; épiphénomène, il reflète la valeur de ses géniteurs, c’est-à-dire la cupidité violente, et celle de ses adorateurs, la médiocrité. 

     Tout autre est l’expression d’une mère, celle de Vincent Lambert. La perte d’un enfant est la cause d’une douleur inexprimable. Dans le cas de cette femme, connaître de plus la date de cette disparition annoncée, qui plus est la semaine précédent la fête des mères, amplifie si tant faire se peut la détresse qui l’accompagne. Je la comprends, je la partage, tout autant que je comprends son appel à ne pas le condamner à mort – car alors pour elle cette présence terrestre disparaîtra – sans toutefois l’approuver. Vincent Lambert, son fils, est mort depuis 2008, date de son accident. Mort cérébrale s’entend puisqu’aujourd’hui son état végétatif le fait légume sans conscience, sans espoir. Il ne recouvrera jamais une quelconque raison, une vie même animale. Par conséquent il est indispensable de comprendre aussi la nécessité pour certains des proches du jeune homme de mettre fin à une situation pour eux invivable. S’il ouvre les yeux comme le montre cette photo indécente prise par quelqu’un d’indigne la divulguant dans la presse, comme on utilisait autrefois les enfants difformes mendiants, afin d’apitoyer le public, ce n’est plus que réflexe. Sans vouloir aucunement comparer, la grenouille que l’on étudie en la disséquant présente l’identique réaction. 
     Quant à ceux qui réclament de laisser vivre Vincent Lambert, ont-ils bien toute leur raison ? Le problème en rien ne les concerne, si ce n’est pour eux de manifester uniquement leur foi en la résurrection. Il n’y en aura malheureusement pas pour lui ; il végète. Et cet état végétatif permet à sa mère de le voir, le caresser, lui parler, comme s’il était d’esprit présent. Il n’est là que de corps, et pour une mère c’est déjà beaucoup. Tout peut-être. Mais déraisonnable. Alors oui, il n’est pas facile de trancher, entre l’amour d’une mère et la raison des autres. En une époque pas si lointaine encore, la mort de Vincent Lambert eût été effective depuis longtemps, laminant tout dilemme. Nos technologies modernes repoussent cette échéance, exacerbant nos déchirures, laissant croire que n’arrive jamais la dernière heure. Vulnerant omnes, ultima necat. Il faut savoir l’accepter.

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