Émergence

17 février 2019 § 2 commentaires § permalien

Hier encore nous eûmes droit au défilé qui devient traditionnel des insatisfaits perpétuels, accompagné par la non moins traditionnelle racaille, de droite ou de gauche, extrêmement casquée ou masquée afin que la vacuité de leur esprit soit protégée et ne puisse être comblée.

Dès l’origine du mouvement dit des gilets jaunes, historiens, sociologues, philosophes et autres théoriciens admirables de ce siècle, se sont succédé dans les médias pour affirmer qu’émergeront de ce remue-ménage quelques nouveaux meneurs, ou leaders pour utiliser un anglicisme aux allures savantes, se féliciter de cette magistrale prévision et se réjouir de futurs fructueux débats éventuels avec ces penseurs surgis de nulle part.

Or, que constate-t-on après trois mois de manifestations bruyantes et déliquescentes ? Rien, sinon la mise en lumière de deux ou trois fascistes assortis d’autant de crétins et de nombreuses crapules racistes, de casseurs inconscients et de discoureurs dysentériques dont la pensée est une logomachie sur ce que doit être la démocratie.

Et je me demande qui sont les plus à plaindre : ces nouveaux meneurs à la vision étroite ou ces hiérarques anciens devenus sophrologues ?

Les révolutions des peuples sont affaires sérieuses et, décidément, n’ont rien à voir avec cette espèce de mascarade, d’agitation débridée, déstructurée qui n’aboutira qu’à ce phénomène : desservir ceux qui croyaient pouvoir en bénéficier.

Et qui, manifestant à bon droit, obtinrent ce qu’ils réclamaient.

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Deux anecdotes manichéennes

10 février 2019 § Commentaires fermés sur Deux anecdotes manichéennes § permalien

Désœuvré l’autre jour, je feuilletais les pages virtuelles qu’offre internet. Outil fantastique à qui sait le dominer sans s’abandonner à l’accoutumance telle une drogue. Nous avions autrefois et encore la télévision dans les images de laquelle beaucoup se sont noyés. À chaque époque les inventions, les progrès ont su jouer ces rôles de succédanés d’existence où des générations se sont perdues alors que d’autres ont su y trouver les chemins menant vers de nouveaux horizons.

Il ne peut en être autrement, l’intelligence humaine étant duale, partie progressiste, partie réactionnaire.

Naviguant donc sur cette mer où derrière chaque vague scintillent de multiples perles, alors que je ne cherchais rien, faisant preuve ainsi de sérendipité, je tombais sur les premiers numéros du journal Détective. Les premières parutions datent de 1928, désormais numérisées par la BiLiPo, établissement dédié aux littératures policières.

Deux entrefilets captèrent mon attention.

Le premier, dans le numéro 1 du 1er novembre 1928, rapportait l’exécution dans la cour de la Santé d’un nommé Charrier qu’assistait l’aumônier qui gémissait, sanglotait en priant pour le condamné qui lui répondit que ça n’en valait pas la peine. À peine la tête roulait-elle dans le panier que l’aumônier, se séchant les yeux, se tourna vers les journalistes leur demandant, dans leurs comptes rendus, de ne pas estropier son nom qui s’écrivait avec deux  » s « .

Étonnant qu’un homme de Dieu puisse s’émouvoir de son nom écorché plus que de voir son prochain coupé en deux. Ce devait pourtant être une âme charitable et compatissante comme le recommande la religion qu’il était censé représenter.

Le second, dans le numéro 9 de décembre de la même année, relatait le dilemme d’un juge d’instruction du tribunal de Versailles qui, après avoir fait écrouer une femme ayant avoué plus de trois cents avortements, n’osa aller plus avant dans ses investigations, non tant par crainte de manquer de place dans la salle d’audience d’un tel procès éventuel, mais tout bonnement parce que les clientes de la matrone (au sens ancien de sage-femme) étaient issues de la haute couture parisienne ainsi que du monde artistique, certaines étant les plus grandes vedettes théâtrales du moment.

Le juge Roussel fit-il preuve de compréhension pour les unes et d’aucune compassion pour l’autre ? ou avoua-t-il ainsi son impuissance à juger ? Je penche volontiers pour la première hypothèse.

Je me disais que si les temps malgré tout transmutent, progressent, l’âme, ou l’esprit, ne connaît guère le changement et demeure étrangement imperméable à toute évolution.

À moins qu’on ne l’y oblige par la loi. Ce que certains prétextent pour se donner les raisons de manifester une opposition surannée, cependant dangereuse dans son manichéisme primaire.

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Un lundi au Père-Lachaise

29 janvier 2019 § Commentaires fermés sur Un lundi au Père-Lachaise § permalien

Paris, lundi, premier jour d’octobre, celui où Aznavour a cessé de chanter ; le soleil resplendit sur l’hôpital Tenon. J’attends celui que j’ai accompagné ici pour des examens de contrôle.

Dans le minuscule square Édouard Vaillant, serein face à l’hôpital qui fourmille d’ambulances, une colonne de Playmobil® défile devant moi ; d’une école maternelle proche, des enfants vêtus de gilets jaune fluo que leurs institutrices encadrent. Tous identiques ! Ils préfigurent déjà les cohortes qui envahiront les rues le mois prochain ; tout le monde l’ignore encore, particulièrement ce passant qui s’affale sur un banc ; s’exposer au soleil, un rêve de vacancier que cet automne printanier permet.

Longue est l’attente de la fin des contrôles médicaux. Il me faut bouger.

Je me dirige vers le Père-Lachaise, cimetière de l’est créé en 1803 que les parisiens baptisèrent du nom du confesseur de Louis XIV, tapi à quelques centaines de mètres, derrière les immeubles qui cernent le square de ce quartier de Ménilmontant.

Le calme et le silence m’accueillent dès la barrière qui protège l’entrée franchie. Soixante dix mille tombes réparties sur quarante trois hectares. Une ville avec ses rues, voire ses quartiers qu’on appelle ici divisions. L’investissement y est cher ; les places vacantes sont inexistantes dans cet espace clos, limité.

Aucune tombe ne ressemble à une autre. Dans ma recherche de morts illustres ou de monuments classés je croise deux petites vieilles qui me disent bonjour ; l’une s’active avec amour à nettoyer la sépulture que l’herbe envahit, l’autre porte des fleurs vers celle de son défunt. Avant de les y rejoindre.

Peut-être m’eussent-elles renseigné si je les avais interrogées, car je m’étonne de trouver le tombeau de Marcel Proust alors que je croyais être à l’opposé, cherchant celui de Jules Romain. Sur le plan affiché à l’entrée, le nord n’est pas indiqué ; je me suis égaré.

Si tous les morts qui reposent en ce lieu désormais se ressemblent, ignorent la hiérarchie, l’appartenance, la religion, D’Abélard et Héloïse transférés ici aux époux de mes petites vieilles, du mur des fédérés à la stèle des victimes du Rio-Paris, des croix dressées à l’étoile de David et au croissant musulman, les monuments qui les protègent respectent encore les différences que vivants ils déployaient. De la plus simple, comme celle de la famille Proust, à celle tarabiscotée, prétentieuse, monumentale, tous les genres s’affichent aux regards et manifestent, expriment, non pas forcément la richesse, mais la manière d’être, de penser, de celui ou celle qui repose sous la pierre, ainsi que le style de son époque.

Quittant l’endroit après deux heures à battre le pavé le long des étroits chemins qui séparent les caveaux tête-bêche, je me disais que nos cimetières acquéraient ce caractère banal dû à l’uniformité. Le granit ou le marbre, rose ou bleu, qui les envahit désormais ne permet plus de distinguer la tombe d’un cœur noble, simple, de celle du prétentieux. Ici également cette tendance me surprend, telle la tombe banalement moderne de Colette entre deux de pierre.

Reflets de notre société, des enfants de maternelle affublés de ces gilets jaunes censés les protéger aux tombes identiques, nous bâtissons un monde d’une platitude désespérante, sans âme, sans nuance.

Sans idéal en définitive, sinon celui de ressembler à son voisin, vivant comme mort.

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La jaunisse, ça suffit !

8 janvier 2019 § Commentaires fermés sur La jaunisse, ça suffit ! § permalien

On sait que la jaunisse, ou ictère, en devenant chronique peut provoquer, entre autres, en cas d’insuffisance hépatique sévère, une encéphalopathie qui altère généralement la fonction mentale par des troubles confusionnels, de désorientation, du comportement et de l’humeur. Or, l’excès de bilirubine qui se concentre aujourd’hui dans les rues et carrefours en les teintant de cette couleur jaune caractéristique ainsi que développant ses effets secondaires, a tout d’une maladie chronique qu’il serait grand temps de traiter.

Car, dans cette armée sans queue ni tête d’ictériques en tout genre, se révèlent de tristes individus dont les comportements, exaltés par l’impression d’impunité qu’ils ressentent et qu’ils ne peuvent éliminer, sont aux antipodes d’une réflexion sensée.

Car enfin, que sont ces pseudos démocrates qui cassent tout, dégradent, brûlent, appellent à la démission un président élu, menacent des députés eux aussi élus, rejettent des journalistes, boxent des policiers, frappent, menacent de mort ceux qui ne pensent pas comme eux ou ceux issus de leurs propres rangs et qui voudraient les représenter, que sont-ils sinon des fascistes ?

Pourquoi appeler au meurtre de ce caricaturiste, Alex, dont le dessin(1) en exergue ne plaît pas plus que celui du prophète n’avait plu aux tarés qui ont assassiné au siège de Charlie hebdo, pourquoi sinon agir comme ces derniers ?

Pourquoi murer la demeure d’une députée, brûler les voitures d’une autre, menacer de mort plusieurs autres de leurs collègues, pourquoi sinon pour installer la peur, l’angoisse au sein de la société ?

Quel est le mobile de ces quelques enragés annonçant vouloir envahir l’Élysée et, faute de le pouvoir, détruisent la porte d’un ministère pour y pénétrer et perpétrer des exactions, quel est leur mobile sinon inciter à l’insurrection, ignorant que nous vivons en démocratie ?

Que veulent-ils donc ceux qui bloquent le passage à ceux qui n’arborent pas un gilet jaune derrière un pare-brise, que veulent-ils sinon imposer leur loi ?

Qu’espèrent-ils en exigeant un référendum populaire ou citoyen, qu’espèrent-ils sinon faire voter pour tout, n’importe quoi et son contraire dès que l’envie surviendra ?

Qu’attendent-ils d’une prétendue démocratie horizontale ou directe sans leader, totalement désorganisée, qu’attendent-ils sinon le chaos ?

À quoi sert ce blocage d’une économie déjà vacillante, à quoi sert-il sinon provoquer la pénurie pour mieux déclencher une guerre civile ?

Combien de temps supporterons-nous encore cette déliquescence qui ne vise qu’une chose : renverser la république pour installer un autre pouvoir ; lequel ? le savent-ils eux-mêmes ces révolutionnaires d’opérette ?

Au début ce mouvement m’agréait lorsque, bon enfant, il s’agissait d’encombrer passages piétonniers ou carrefour. Mais cela ne dure qu’un temps, celui d’obtenir satisfaction aux récriminations, retrouver apaisement par plus de justice. Elle fut longue à venir cette obtention, long à se dessiner cet apaisement, mais tous deux émergèrent enfin après les hésitations, les atermoiements de nos dirigeants.

Aujourd’hui ce délabrement de mouvement m’horripile.

Car, ne vous y trompez pas, et malgré le soutien récupérateur de quelques personnalités qui se prétendent insoumises et qui ne sont en réalité que des fantoches attachés, liés, soumis à la seule opportunité, cette meute jaune qui déferle comme une armée de Playmobil n’obtiendra rien de plus que ce que le gouvernement a concédé et qui déjà est beaucoup, quand bien même s’installerait-elle définitivement dans ces campements insalubres, répugnants, car une démocratie ne se peut gouverner sous la contrainte de quelques excités.

Dans ses mémoires de guerre(2), Ernst Jünger, capitaine de la Wehrmacht, mais qui au péril de sa vie tant il abhorrait le régime nazi saluait militairement les juifs qu’il croisait affublés d’une étoile jaune, notait que dans toute armée se produisaient des abus :  » Cela demeure insignifiant, à condition que le sens de l’honneur ne se perde jamais. «  ajoutait-il.

En l’état, j’ai bien peur qu’un nombre croissant d’entre ces révoltés ignore ce que signifie le mot honneur, n’ayant nul dictionnaire téléchargé dans la cervelle. Et pour ma part, si je peux saluer amicalement certains gilets jaunes il en est d’autres, extrémistes sans conscience, à qui je tourne le dos.

(1) Le Courrier Picard

(2) Ernst Jünger – Journaux de Guerre – 1939-1948 – La Pleiade (page 176-Bourges , 30juin 1940)

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Édouard à la barre

20 novembre 2018 § Commentaires fermés sur Édouard à la barre § permalien

Le Radeau de la Méduse – Géricault

 » En avant, matelot, ce n’est pas un petit vent de noroît qui souffle qui va nous faire changer de cap !
– En avant toute, commandant !  »

Je ne sais pas si les termes de ce dialogue sont bien ceux d’un commandant à la barre, pas plus ne sais si un bon marin se cache sous la barbiche du premier ministre actuel, après tout, bien qu’ayant vécu moi aussi dans une ville de marins, je suis certes moins qualifié que lui pour juger, mais je note qu’en matière de direction ce dernier a des allures de grand débutant.

L’autre dimanche il prit la parole pour affirmer, face à la colère montante des laissés-pour-compte, ces gilets jaunes barrant les routes, qu’il poursuivait sa course, gardait le cap vers la tempête sociale qui s’annonçait.

Ou il est autiste pour n’avoir rien entendu, malgré ses dires, ou bien il a séché les cours de l’ENA lors du traitement du problème.

À moins qu’il ne se prît pour Éole soufflant sur des braises.

Car il ne fallait pas être grand clerc pour subodorer que son inutile prise de parole allait déclencher des vents contraires en affirmant poursuivre la politique de taxe engagée sans ajouter un mot pour envisager un éventuel dialogue.

Parler pour ne rien dire, c’est une technique bien connue de tout politique, mais impardonnable à tout bon capitaine face au danger ; sinon le bateau coule et le pacha avec lui.

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Chemin

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