Lallement, préfet sophiste

4 avril 2020 § 0 commentaire § permalien

      Le sophiste est un raisonneur utilisant dans sa rhétorique diverses argumentations fallacieuses, dont le syllogisme – non pas celui qu’Aristote considérait comme un raisonnement – mais celui dévoyé qui veut qu’à partir d’éléments vrais ou prétendus tels, les prémisses, on en déduit une conclusion fausse ayant l’apparence du vrai. Chaïm Perelman, dans son « Traité de l’argumentation la nouvelle rhétorique », en étudie les diverses formes.
    Dans un discours délibératif, pour persuader ou conseiller, certains n’hésitaient pas à en faire un usage excessif malgré son bâti cousu de fil blanc. Goebbels par exemple. Le préfet Lallement également. Nous pourrions en déduire, par syllogisme, qu’ils pensent à l’identique. D’ailleurs ils portent tous deux une casquette ; ils sont donc jumeaux. Bien évidemment la conclusion serait fausse, ils ne sont pas nés à la même époque.
    Mais affirmer, en grand uniforme de préfet, que « Pas besoin d’être sanctionné pour comprendre que ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, qu’on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple. » est un pur syllogisme dévoyé destiné à vouloir convaincre que le confinement est la solution, dans un premier temps, et dans un second du bien-fondé de la contravention en cas de non-respect. Donc de la punition. Par conséquent de la stigmatisation à l’usage du peuple. C’est de la même veine que les diatribes des Nazis à l’encontre des Juifs. Hitler écrivait dans Mein Kempf, fin du chapitre II que : « La nature éternelle se venge impitoyablement quand on transgresse ses commandements. C’est pourquoi je crois agir selon l’esprit du Tout-Puissant, notre créateur, car : En me défendant contre le Juif, je combats pour défendre l’œuvre du Seigneur. »
Usant du même procédé, nous pourrions convaincre tous les contaminés, asymptomatiques ou non, malades, hospitalisés en réanimation et bien évidemment les familles des décédés, de porter plainte pour mise en danger de la vie d’autrui ou, selon le cas, homicide involontaire contre le préfet Lallement car, si la contamination au Covid-19 est due à la rencontre d’un individu avec un autre porteur du virus et que cet autre est sorti malgré l’interdiction et n’a pas été verbalisé, c’est que le préfet Lallement n’a pas fait correctement son travail. Il est donc responsable, et lui seul. Il y a corrélation, là aussi, très simple. Pour ne pas dire simpliste.
J’ajouterai, mais ne le lui souhaite pas, que pour être définitivement convaincu de la sottise de sa réflexion, il serait nécessaire qu’il fût à son tour contaminé et admis en réanimation.

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Le connard et le merluchon

29 mars 2020 § 0 commentaire § permalien

Le Dictateur – Charlie Chaplin

Les théories du complot accompagnées de relents racistes fleurissent en ce printemps particulier. On peut lire sur le sujet l’article de lemonde.fr qui m’inspira, plagiant sans son talent La Fontaine, cette courte fable.

Le connard et le merluchon

Maître Collard ayant perdu ses ailes
À la barre plein de haine éployait son zèle
Afin de braconner quelques fidèles.
Un Mélenchon par ces appâts ferré
Voulant aussi sa lanterne éclairer
Lui débita ce langage à peu près :
« Hé ! bonjour mon beau populiste
Pourriez-vous, d’une liste,
Me dire ce qu’il en est
De tous ces juifs et autres complotistes
Afin que je les puisse accuser
De rechercher, grâce au virus,
Une victoire à la Pyrrhus ? »
L’autre bavard soudainement flatté
Sa gueule ouvrant ainsi qu’à l’habitude
Égrène alors comme un vieux rabougri
La propagande hideuse à laquelle il souscrit.
Se rengorgeant de cette turpitude
Notre compère, heureux comme un pinson,
Reprit l’antienne à sa façon.

Les extrêmes ainsi par leur similitude
Dans la décrépitude et dans la boue pullulent
Comme autant de virus infectant nos cellules.

 

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Le virus et la panique

23 mars 2020 § 2 commentaires § permalien

Aphrodite à la sandale courtisée par Pan accompagné d’Éros. Musée d’Athènes

     Lorsque j’entends le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, tel un moine du moyen-âge prêchant pour une croisade, dénoncer « Le Mal », évoquant le virus qu’il faut vaincre, je pense que nous avons encore du chemin à parcourir avant d’éradiquer la bêtise ou la superstition. À moins que ce ne soit vouloir gouverner en infantilisant, au bâton, argumentum baculinum.
     « Nous savons bien que la pathologie est plus la science des maux que la science du mal, qu’il y a des maladies et non la maladie. » écrivaient, dans leur préface de l’encyclopédie de la Pléiade consacrée à la médecine, Pierre de Graciansky et Henri Péquignot. Le covid-19, quand bien même est-elle une maladie provoquée par un virus inconnu, fait partie de l’ensemble et doit être traitée comme telle et non comme le mal absolu.
     Sur les quelque quatre mille virus connus, plus d’une centaine sont pathogènes pour l’homme. Chaque instant nous en croisons et la rencontre peut être violente ou bénéfique. De nouveaux apparaissent, agressifs, contre lesquels l’organisme doit se défendre. La guerre, ce ne sont pas les sociétés qui la mènent, mais chaque individu, à chaque instant de sa vie afin de repousser au plus loin l’échéance, sachant que tout être, malgré tout, n’est qu’une charogne en instance tant bactéries et virus attendent leur heure. La société n’est là que pour apporter son aide ; une sorte de marchand d’armes doublé d’assistance sanitaire. Parfois, et il faut l’accepter, malgré tout, malgré les soins, nous sommes un temps impuissants, le corps abandonne, bat en retraite, est vaincu. Car nous ne sommes pas égaux en matière de génétique, de défenses immunitaires, de réaction aux traitements ou tout simplement de chance. Malheureusement. Quand bien même peu de personnes sont concernées eu égard à l’ensemble.
     Cette peur panique, sans doute irraisonnée, cependant légitime, qui s’empare des populations me fait penser à celle que provoquait le dieu Pan qui lui a donné son nom et que l’on retrouve dans pandémie.
     La mythologie Grecque, comme la Romaine d’ailleurs pratiquement identique, était fantaisiste, aussi facétieuse qu’un virus, à la différence des autres religions, dogmatiques, rigoureuses. Les Dieux, créés par Hésiode, Homère, Diodore, Apollodore et les autres poètes des époques successives, pouvaient avoir diverses origines selon l’humeur du moment. Parfois chez le même auteur. La naissance de Pan, comme le coronavirus, s’entourait de flou. Pan, qui fut un sacré gaillard, adoré du peuple pour être le premier des dieux rustiques, gardien des troupeaux, des pâturages et des bois, naquit selon les légendes, non pas sur un marché des amours bestiales d’une mortelle, mais soit de la rencontre d’Hermès avec la nymphe Dryope, soit de celle d’Hermès et de Pénélope, ou encore de cette même Pénélope qui, pour se venger de l’absence d’Ulysse, le conçut avec les prétendants. On dit aussi qu’il serait le fils de Zeus et de Callisto ou de Zeus et d’Hybris.
     Quelle que fut sa mère, estomaquée par sa laideur avec sa tête de virus cornu et ses pieds fourchus, elle l’abandonna aux nymphes qui se chargèrent de son éducation. Dieu bon ou mauvais tour à tour, il personnifiait la nature, le grand tout comme son nom l’indique et que l’on retrouve dans pandémie.
     De Dyonisos le compagnon favori, Pan, le « chèvre-pied », mi-homme, mi-bouc, comme un virus sur les humains, bondissant de rocher en rocher, agile à courir ou encore à se tapir dans les buissons à l’affût des nymphes, des mortelles, des bergers, sautait sur tout ce qu’il croisait. Ses conquêtes furent nombreuses et indistinctes. De Séléné à Écho. Sa lubricité était légendaire. La belle Syrinx préféra quant à elle se changer en roseau plutôt que de subir ses avances. Pour se venger de la nymphe, il coupa sept de ces roseaux. On dit qu’un doux murmure s’éleva du buisson lorsqu’il tailla les tiges et les assembla pour en composer la flûte de Pan ou Syrinx.
     Mais colérique souvent, le dieu effrayait quand il perturbait la tranquillité des champs. Accusé de tous les maux, notamment lorsque la maladie décimait les troupeaux ou l’épidémie les hommes. De mauvaise humeur, disait-on, il parcourait le monde créant la confusion, le désordre. Nulle prière, nul sacrifice humain ne l’apaisait. Il inspirait alors aux populations ainsi qu’aux animaux une peur que l’on nomma panique, provoquant des débandades le jour et des cauchemars la nuit. Chacun se terrant pour tenter d’échapper à sa virulence. Et personne pour l’arrêter.
     Puis il se calmait de lui-même. Il suffisait d’attendre de meilleurs jours.

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Coronavirus, parlons-en

15 mars 2020 § 2 commentaires § permalien

Coronavirus COVID-19 Global Cases by the Center for Systems Science and Engineering (CSSE) at Johns Hopkins

Parlons chiffres ce soir. Parce qu’il y a des décisions qui me surprennent, l’analyse des contaminations au coronavirus et les décès qu’il entraîne, laissant planer le doute sur leur pertinence.
     En France nous avons au soir du 14 mars 4 511 malades répertoriés et 91 décès. Ramenés au nombre d’habitants, les pourcentages sont donc les suivants :
– contaminés : 0,0067 % de la population (pourcentage en augmentation par rapport à celui d’hier de 0,0044 %)
– décès : 2,02 % des contaminés (pourcentage en baisse par rapport à celui d’hier de 2,12 %). Soit 0,00014 % de la population  (98 % de guérison)
     Sur le plan mondial, les décès se montent à 5 065 pour 137 456 cas. Soit :
– contaminés : 0,00196 % de la population mondiale
– décès : 3,685 % des cas ou 0,000072 % de la population
     Ce qui, convenons-en, n’est pas plus effrayant qu’une épidémie quelconque de grippe, de gastro-entérite ou de rougeole. D’autant que nombre d’individus porteurs sains ne sont pas intégrés dans les statistiques ci-dessus, pour la bonne raison qu’ils ne savent pas qu’ils sont infectés. Ce qui modifierait les pourcentages, augmentant les contaminés mais baissant celui des décès.
     Cela étant, des statisticiens ont prévu, pour la France, une fourchette de 300 000 à 500 000 morts à terme si aucune mesure n’est prise (modélisation de Neil Ferguson, épidémiologiste). Ce qui me paraît disproportionné eu égard à ce que l’on constate en Chine où l’épidémie semble régresser, si les chiffres sont correctement révélés, après une contamination à ce jour de 81 003 personnes et 3 203 décès pour une population de 1,5 milliard.
     Il serait nécessaire que l’on m’expliquât ce différentiel qui ne laisse pas d’inquiéter ou de faire sourire selon le degré d’optimisme que l’on arbore puisque l’on sait que le virus incriminé n’a pratiquement pas muté, ou infiniment peu. À moins que les quarantaines sévères qui furent mises en place là-bas aient porté leur fruit. Auquel cas il convient de respecter les nôtres.
     Lorsque j’entends le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, annoncer que les hôpitaux parisiens n’ont jamais été confrontés à un phénomène d’une telle ampleur je me dis que sa mémoire est défectueuse ou qu’il participe à l’effet de panique que les dirigeants du monde entier déclenchent par leurs gestions de crise. Résultat d’un engrenage dans lequel tout le monde se laisse prendre. La panique engendre des comportements erratiques.
     Et je crois que si nous n’avions rien fait, peut-être que les chiffres que je citais plus haut n’eussent été guère différents à quelques cas près, et non dramatiques comme le laisse entendre l’oiseau de mauvais augure Neil Ferguson. Nous verrons dans quelques jours si mes propos sont confirmés ou infirmés par l’actualité. D’une manière générale les épidémies virales ont une vie en forme de courbe de Gauss ; ça monte, ça se stabilise, ça redescend (exactement comme celle de la Corée du Sud qui débute sa descente). L’immunisation s’opérant lorsque le nombre de contaminés résistants ne permet plus au virus de se propager, soit aux environs d’une moitié de population. D’ailleurs en laissant proliférer le virus sans doute serions-nous parvenu à ce stade plus rapidement sans avoir à subir les conséquences non seulement économiques, mais également sociétales que nous constatons et qui n’ont pas fini de générer des ondes de choc destructrices.
     En tout cas nous sommes encore loin des grandes épidémies du siècle passé aux centaines de milliers de morts… uniquement entre les frontières de l’hexagone. Faisant preuve de cynisme, une centaine de morts actuellement ce n’est pas, en espérant que ça dure, une aubaine pour les sociétés de pompes funèbres dont les actions ne compenseront pas à la hausse les baisses boursières de ces derniers jours.
     À propos des frontières et de cette manie inutile de vouloir les fermer, j’en reparlerai un autre jour, car pour l’instant je dois aller cadenasser le portail, ajouré, du jardin, pour éviter la contamination que mes voisins seraient susceptibles, badins qu’ils sont, de me transmettre.
     Lavez-vous les mains et vous vous porterez bien.

Billet écrit le 14 mars. La France compte ce soir 15 mars 120 décès pour 5400 cas (eficiens) soit 2,2 % – ce qui reste stable et dénote toujours 98 % de guérisons.

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Mal masqué à l’Ehpad

11 mars 2020 § Commentaires fermés sur Mal masqué à l’Ehpad § permalien

Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochius – J-L David – 1774 – ENSBA

     Après avoir imposé bien inutilement le port du masque pour une apparence de bal masqué des non-vaccinés contre la grippe, la direction de l’établissement où je me rends quasiment chaque vendredi vient d’en interdire l’accès aux visiteurs pour cause d’épidémie au coronavirus. Ces mesures, sans doute nécessaires afin d’éviter aux personnes âgées une contamination apportée de l’extérieur, sont en contradiction avec une partie non négligeable du personnel désigné à la vindicte par le port d’un masque non adapté que je suggérais en préambule ne pas servir à grand-chose. Pour plusieurs raisons. Tout d’abord le virus étant infiniment petit (de l’ordre de 10 à 400 nm) passe au travers des mailles. Ensuite, mal positionné qu’il est, manipulé intempestivement ou glissé sous le menton, il devient illusoire pour la personne en face de celui ou celle qui le porte. La seule protection contre la grippe et sa dissémination étant le vaccin. Controversé par ces irréductibles avec qui je bavardais, l’une d’entre elle m’affirma qu’elle croyait plus en ses défenses immunitaires pour tuer le virus, et une autre, plus catégorique, qu’elle était contre les vaccins. J’ai bien senti, dans la façon qu’elles eurent de répondre à mes questions maladroites, une certaine animosité à mon égard, du type : « de quoi je me mêle ! » Surtout que la société fait tout un remue-ménage pour un virus inconnu contre lequel n’existe aucune thérapeutique et que même sans vaccin on arrivera bien à s’en débarrasser. Alors, un de plus ou de moins, nos défenses naturelles sauront bien les vaincre, tous autant qu’ils sont.. 
     Et vous avez bien raison, les filles ! D’ailleurs je partageais la même conception que vous il y a encore peu. D’autant que j’émergeais d’une période où les vaccins se cantonnaient à quelques pathologies, la grippe n’étant pas encore inscrite dans le bataillon préventif. Eh, quoi ! pensais-je, la grippe je l’ai eue, et bien eue, puisque délirant dans un coma dont on m’a dit qu’il fut sévère aux alentours de mes trente ans. Je l’avais bien vaincu, ce fichu virus. Je devais donc être immunisé. Que nenni ! Les anticorps d’un virus passé n’agissant guère sur sa mutation future. Mais après tout, j’étais seul responsable de mes souffrances éventuelles, voire de mon décès, en refusant l’aide apportée à mes défenses immunitaires, puisque cette pathologie provoque, bon an, mal an, quelque 10 000 morts en France. 
     Certes, en ce qui me concernait, il m’était loisible de l’admettre et ne pas me vacciner, mais qu’en était-il de ceux que je côtoyais ? En rien ils n’étaient responsables de mes éventuelles errances tactiles, projections salivaires, éternuements et autres possibles contacts contaminants. Et c’est en cela que la responsabilité incombe à chacun, soit de rester cloîtré si l’on refuse toute prévention, soit d’éviter par le vaccin, si tant faire se peut, toute contagion possible lorsqu’on approche quotidiennement des êtres fragiles en période épidémique. Il ne s’agit nullement d’aller contre le libre choix de chacune et chacun d’entre nous, mais convenir de la responsabilité que l’on prend et d’en accepter toutes les conséquences qui peuvent s’avérer dramatiques, tant pour soi que pour les autres. Pour soi en devenant l’accusé, tout d’abord de sa propre conscience, ensuite face à la victime, c’est-à-dire l’autre ou ses proches. 
     Enfin, et pour conclure, la possibilité, quand bien même serait-elle faible, de transmettre le coronavirus étant déjà largement suffisante, celle d’en ajouter un second, alors qu’il est possible de l’éviter, participe de l’inconscience. 
     Celle de la jeunesse et de sa certitude de vaincre. Seulement voilà, jeunesse rêve, vieillesse décompte, selon le proverbe.
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