Notre-Dame

17 avril 2019 § Commentaires fermés sur Notre-Dame § permalien

Notre-Dame sous la neige – Eugène Galien-Laloue

     Il est étonnant de constater avec quelle constance tout est sujet à polémique. Il ne s’agit nullement d’esprit critique, ce qui serait nécessaire et profitable, non, de la seule acerbité due à la méchanceté, la convoitise, la jalousie. Ça n’a pas manqué, des esprits chagrins, pour ne pas dire décérébrés, ont critiqué l’émotion qui s’est emparée d’une foule sidérée après l’incendie de Notre-Dame.

      Du premier imbécile venu au syndicaliste bon teint, les dons des riches, pour ces bilieux, ne sont qu’étalement de leur superbe et non acte désintéressé. Dans sa prose haineuse, un crétin – mais il n’est pas le seul débile péremptoire – se plaît à invoquer un complot qu’il aurait prévu de longue date, une machination dont il est certain, d’un cartel d’entreprises manipulant dans l’ombre Macron ourdissant (je n’ai pas bien compris qui ourdissait tant était fumeuse la thèse) le projet d’incendie pour que ces donateurs obtiennent les travaux de réfection, évoquant pour preuve – ce qui m’interroge sur la santé mentale du dit prédicateur – la destruction des Twin Towers ou l’incendie du Reichstag. D’autres s’étonnent même que de vieilles poutres de chêne puissent s’enflammer, eux qui peinent pour allumer au chalumeau leur barbecue dominical. Du grand n’importe quoi qui n’a pu fuser qu’aux détours de neurones que l’alcool, ou la démence, entortille. Jusqu’à quelques prétendus économistes qui regrettent cette générosité trop ciblée ou de soi-disant penseurs dont les croassements expliquent qu’après tout, l’éphémère étant la caractéristique de la vie, la destruction partielle d’une œuvre d’art n’est que banalité.

      Mais il ne pouvait en être autrement puisque de nos jours la stupidité déferle à la vitesse d’un torrent de boue, saccageant les esprits.

      Finalement, me suis-je dit sans doute pour me rassurer quant au devenir de l’espèce humaine, ne s’agit-il que d’individus aigris inconscients de leur médiocrité.

      Notre-Dame est à la France ce que le cœur est à l’être, lorsqu’il s’enflamme la déraison l’emporte.

      Tout a été dit et répété ces derniers jours sur le symbole des cathédrales et plus spécifiquement sur celui de Notre-Dame. Il n’est pas nécessaire d’y revenir. Mais retrouvant un brouillon concernant un autre sujet où je comparais ces flèches gothiques s’élançant vers le ciel à nos fusées modernes conquérant l’espace, je me dis que rien n’a changé depuis le moyen âge, depuis toujours en définitive, l’homme est à la recherche de l’inconnu, à la résolution de ce mystère : qu’existe-t-il au-delà de notre horizon ?

      Et la réponse ne peut transiter que par les symboles que nous créons, totems devant lesquels nous nous prosternons, humbles côtoyant notre grandeur, et pour lesquels, grands ou petits, riches ou pauvres, croyants ou non, nous fûmes et sommes toujours majoritairement unis et prêts à tout pour les bâtir, les ériger ou les restaurer ; donner sa vie, sa liberté, son temps, son argent. 

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Chez Nous

1 mars 2017 § Commentaires fermés sur Chez Nous § permalien

Il y avait longtemps que je n’étais allé au cinéma. Profitant qu’une de mes nièces m’ait offert un carnet fidélité de dix places et, sortie nationale aidant, la salle le concernant projetant le dernier film de Lucas Belvaux, par une après-midi pluvieuse nous nous y rendîmes, mon épouse et moi, pour voir s’y tricoter la manipulation d’une infirmière par les cadres d’un parti d’extrême droite afin qu’elle se présente comme maire potiche aux élections municipales d’une commune du Nord aux côtés, bien évidemment, de la présidente du dit parti, le Rassemblement National Populaire, vitrine du Bloc patriotique aux accents fasciste.  » Chez Nous  » s’intitule le film, sur fond d’histoire d’amour qui se termine selon Belvaux, a priori mal, mais peut-être un mal pour un bien.

Pas transcendant le film. D’ailleurs j’ai tout dit, plus haut, du synopsis. Un documentaire plutôt sur la manière d’agir de ces gens-là. Pourvu que la candidate montre un visage connu, voire aimé des habitants et qu’elle parle leur langage simpliste de l’exclusion afin qu’elle soit élue, tout va bien, le reste n’étant qu’une affaire de gestion aux seuls vouloir et bénéfice des cadres qui l’entourent.

Bref, rien d’inconnu de la mécanique FN, pardon du parti RNP, c’est à dire recrutement de personnes sans idéaux politiques, discours publics formatés, thèses policées pour la forme mais plus musclées pour le fond. Fond pour lequel tout est fait, y compris violences et menaces, pour qu’il n’apparaisse pas aux yeux des électeurs.

Ceux qui connaissent le système risquent de s’ennuyer par moment malgré le jeu des acteurs, Émilie Dequenne en infirmière hésitante et crédule, Dussolier en médecin manipulateur et facho ou encore Catherine Jacob en blonde reconnaissable. Heureusement, si l’on peut dire, quelques scènes de violence répugnantes et révoltantes réveilleront les endormis.

En revanche, ceux qui ignorent le processus et s’apprêtent à voter, ont intérêt à le voir avant de glisser un bulletin dans l’urne tant est criante de vérité la mécanique mise en œuvre pour accéder au pouvoir à seule fin d’en profiter et non de servir ses administrés.

La politique selon le RNP, c’est mensonge et coups tordus. Bien évidemment, toute ressemblance avec des personnes ayant existé, ou sévissant toujours, n’est absolument pas fortuite.

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Pike

27 septembre 2012 § Commentaires fermés sur Pike § permalien

Le titre du billet n’a rien de prétentieux pas plus qu’il ne dénote un égo surévalué. C’est le titre d’un bouquin. Pas de moi, malgré les apparences. Ni sur ma famille, heureusement. Encore que, allez savoir.
L’autre jour, je déambulais parmi les rayons de la librairie où s’étalent comme des tapineuses la couverture des dernières parutions offertes à la gourmandise des lecteurs qui passent. Je feuilletais, comme à mon habitude, quelques volumes sans grand intérêt dont le style s’apparentait à du copié-collé, lorsque mon attention fut attirée par une couverture noire où mon nom resplendissait en gras. « Qu’est-ce à dire? » pensai-je surpris d’être l’objet d’une telle indiscrétion, étant par nature plutôt réservé. Ayant, en l’espace d’une seconde, repassé en détail les évènements de ma vie susceptibles de capter un biographe, je ne trouvai rien. Mon fils alors? Non, sa mort je déniais à quiconque de l’aborder, me la réservant. Un cousin lointain d’Amérique? L’actrice anglaise au doux prénom de Rosamund? Le franc-maçon plutôt, Albert Pike, général sudiste sur lequel on raconte pis que pendre. C’était ça, certainement, me convainquis-je en prenant le livre, me trompant totalement. Le roman d’un truand revenu du Mexique. Merde alors! Fallait oser. Gonflé l’auteur! Un homonyme au cœur d’une histoire noire, vraiment noire, comme seul peut l’écrire un romancier perdu au fond du Colorado. Benjamin Whitmer, il s’appelle, et c’est son premier roman. Et pour être noir, il est sinistre, dégoulinant de cruauté qui se mêle au sang des hécatombes. Avec pourtant un brin de poésie parfois, un sourire et une lueur d’espoir.
Ecrit sans fioritures. Direct, aussi percutant que les poings de Rory, le jeune boxeur que va entraîner Douglas Pike, truand à la retraite qui n’a perdu aucun de ses réflexes, dans sa quête de vérité sur la mort par overdose de sa pute de fille, Sarah, abandonnée jadis et la naissance de sa petite fille, Wendy, douze ans, qui lit Poe et rétorque comme une tigresse et qu’on lui amène sans qu’il ait rien demandé.
Cincinnati au temps de Reagan. Ses bas-fonds. La drogue, les putes, la pauvreté, la misère, l’alcool, les flingues qui crachent sans sommation, le flic véreux, cruel, qui s’intéresse un peu trop à Wendy, les coups à vous assommer un bison, tout est là pour faire de ce roman l’image d’une Amérique violente, sans espoir pour les plus démunis, les faibles, où la liberté ne s’arrête pas où commence celle de l’autre mais finie souvent dans une putain de mare de sang.
Les dialogues sont taillés à la serpe et servent tout autant au déroulement de l’histoire qu’à la psychologie des personnages. Pas de grandes phrases, des métaphores au couteau, des sentiments à la seringue et la volonté inflexible d’atteindre le but fixé.
Une littérature qui ressemble à notre monde, violent et sans pitié. Une écriture allant à l’essentiel.
Et pour imiter Bogey, petit camé embarqué dans la chevauchée mais qui finira mal : « Hé mec, lis-la cette putain d’histoire! »
Mais Pike? Pourquoi Pike? Ça, je ne le saurai jamais. Et après tout peu importe, malgré sa brutalité qui masque un soupçon de tendresse, dans ce regret qu’il évoque d’avoir abandonné Sarah et l’attachement qu’il découvre petit à petit pour Wendy, j’ai fini par l’aimer mon homonyme.

Pike – Benjamin Whitmer – éd. Gallmeister – 264 pages – 22,90€ (21,75€ Fnac, Mollat)

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Si le Theil me racontait

19 août 2011 § Commentaires fermés sur Si le Theil me racontait § permalien

Solange est éprise; éprise d’absolu et la légende de Beaucis et Philémon qui clôt son récit met un point d’orgue à cette espérance, l’histoire d’amour d’une jeune femme qui revient rêver sous les frondaisons de l’arbre qu’elle connut jadis. Le theil, le tilleul, cet arbre de la liberté qui lui confie son histoire mais entend aussi la sienne.
Histoires d’amour au pluriel sans doute, celle d’une époque révolue et regrettée, celle d’une mère disparue trop tôt, d’un père absent à qui l’on n’a jamais dit « je t’aime », celle de cœurs bons et généreux, celle d’une terre enracinée dans la douceur, celle aussi d’un avenir confiant avec sa technologie rapprochant les âmes.
Solange est éprise; éprise de poésie et les mots simples qui déroulent l’histoire consubstantielle de l’arbre et de la jeune fille, mais aussi du vieil arbre avec tous ceux qui croisèrent ses racines, de l’ouvrier limousin qui le transplanta lors de l’avancée du chemin de fer aux aviateurs tombés pendant le guerre en passant par le petit garçon réfugié pleurant le jour de son départ, à la solitude aussi des jours sans présence sinon celle des faneurs rentrant les foins dans le grenier de la vieille maison, se lisent d’une traite, sans arrière-pensée sinon celle de vouloir croire en une suite, l’histoire d’amour entr’aperçue à la fin de l’ouvrage entre la jeune fille et sans doute le petit lorrain, petit prince exilé. Et ces enfants sans nom, sans âge, deviennent le symbole de l’intemporalité; leur histoire se poursuit dans notre imaginaire, même si l’on sait bien, mais le cœur ne veut s’en convaincre, que l’osmose n’est qu’un rêve qu’il nous plaît de prolonger avec les mots.
Depuis la nuit des temps l’amour se grave dans l’écorce des arbres.
Si le Theil me racontait – Solange Tellier – éditions des 2 encres – 11€
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