Affections

29 mars 2019 § 2 commentaires § permalien

 

Rembrandt – La leçon d’anatomie du docteur Tulp – 1632 – Amsterdam
  
   Lorsqu’il y a plus de huit mois maintenant j’envoyai mon manuscrit de  » À contre-courant «  aux éditeurs, je n’avais mis en exergue aucune pensée significative, me satisfaisant d’un sous-titre affirmant que l’ouvrage traitait des  » humeurs d’hier, affections d’aujourd’hui « 
   Depuis j’ai lu ici ou là quelques aphorismes que j’eusse pu noter ; ainsi cette pensée de Pierre Dac :  » Il est tout de même étrange que le mot  » affection  » signifie aussi bien attachement, amitié et tendresse que maladie grave, aiguë et chronique. «  
   Duquel de ces deux types d’affection souffre donc cet éditeur qui, après avoir accepté mes textes et signé un contrat, tarde tant à publier l’ouvrage ? 
   Il ne faut pas s’étonner de constater, comme le souligne le journal Le Monde, que les plates-formes d’autoédition (à ne pas confondre avec les faux éditeurs à compte d’auteur) séduisent de plus en plus, même des auteurs reconnus. Pleureront ensuite les responsables de cette situation. 
   Une autre pensée du même Pierre Dac, humoriste comme il n’y en a plus, ses pâles descendants, hormis de rares exceptions, me faisant sourciller plus que rire, pas même sourire, pourrait être destinée aux peureux sectaires qui s’imaginent voir la France envahie par des contingents de migrants destructeurs d’identité nationale. C’est celle-ci :  » Si, comme l’a dit le Général de Gaulle, la France n’était pas ce qu’elle est, c’est-à-dire la France, tous les Français seraient des étrangers.  »
 
   Au cours de l’apéritif dînatoire pour l’anniversaire fêté hier soir, ébauche de discussion avec mon médecin de beau-frère sur la prescription des médicaments. À ma réflexion de m’étonner d’une nécessité de prescription pour obtenir certaines spécialités, sa réponse, qui ne faisait aucun doute dans mon esprit, justifia le rôle du médecin. Il eût été nécessaire – mais les conversations lors des repas tournent souvent court à cause qu’elles se succèdent sans thème ni plan – que je poursuivisse le développement de ma théorie pour ne le pas vexer, explicitant le rôle fondamental du diagnostic avant toute chose. Déduction que seul l’homme de l’art peut préciser. Le reste n’est qu’une histoire de codex dans lequel on puise et, quelle que soit la façon de prescrire ou de délivrer la molécule, le patient fait ensuite ce qu’il veut et souvent, voire toujours, en dépit du bon sens. Ce qui ne changerait rien si l’acquisition d’un médicament était obtenue avec ou sans prescription. 
   La morphine même peut s’obtenir ad immensum en multipliant les visites médicales dans plusieurs cabinets puis officines. Je veux dire par là que quels que soient les contrôles, les moyens de les détourner sont infinis. Seule la précision du diagnostic a son importance et ce n’est par hasard si certains médecins, ou plus précisément professeurs de médecine, ancêtres des spécialistes, ne pratiquaient que ce seul geste, renvoyant ensuite le patient muni de la description de la pathologie vers son médecin traitant. J’ai connu l’un de ces personnages très sévères il y a bien longtemps du côté de Limoges, vieux professeur à la faculté de la même ville. 
   C’est une autre époque désormais où la médecine n’a pour récompense que les critiques des clients, car ils ne sont guère patients, toujours insatisfaits, se tournant vers de pseudos thérapeutiques qui les grugent quand elles ne les tuent pas, à l’exemple de Steeve Jobs, ce dirigeant de Apple qui compris son erreur trop tardivement pour être soigné et mourut précocement du cancer du pancréas et de sa stupide défiance en la médecine, en l’occurrence la chirurgie, privilégiant acupuncture et autre billevesée parallèle. 
   L’exemple des personnes anti-vaccins est également symbolique de cet état d’esprit inconséquent et je ne m’étonne pas qu’un écologiste comme Jadot puisse accueillir sur sa liste pour les prochaines européennes une militante de la régression en la personne de Michèle Rivasi. 
   Ces opposés à la vaccination sont des assassins et ceux qui les soutiennent leurs complices.
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Tolérances

27 mars 2019 § Commentaires fermés sur Tolérances § permalien

Jacinda Ardern – Photo Kirk Hargreaves – capture d’écran

     Vu ce matin dans la presse une photo datant du 16 mars, prise le lendemain de l’attentat perpétré en Nouvelle Zélande, de Jacinda Ardern. Admirable ! Une icône. Elle renvoie patauger dans leur fange tous les racistes, xénophobes, intolérants, tous les Renaud Camus, Soral, Zemmour et autres prosélytes, zélateurs de la haine n’acceptant aucune autre religion, aucune autre pensée que la leur.

     Cette jeune femme de trente huit ans, dans son regard, son attitude, son foulard porté fraternellement, face aux représentants de la communauté musulmane frappée par l’horreur, exprime tout l’amour que l’on peut porter à son prochain.

     Plus que cela même, au-delà de nos différences elle affirme que chacun renferme l’unité, l’unanimité charnelle de la race humaine.
***

     Les biographies ont cela d’exaspérant, que nous connaissons, avant même de refermer l’ouvrage, la fin de l’histoire.

     Il y a déjà plusieurs semaines que j’ai terminé de lire la monumentale biographie de Victor Hugo par Max Gallo qui m’avait été offerte dernièrement. Je m’en suis délecté et y découvris des aspects ignorés de l’homme, ainsi ce côté petit comptable du grand homme, radin tout autant que généreux mais avec parcimonie, ou encore cet appétit sexuel s’apparentant à la boulimie, sans oublier bien sûr sa logorrhée de versificateur ; à se demander s’il ne parlait pas en alexandrin dans la vie courante. Léautaud d’ailleurs, lorsqu’il l’évoquait avec Jünger, pensait qu’on pouvait éviter de le lire ; mais de cela Max Gallo ne parle pas, si admiratif qu’il était du poète que je me posai la question de savoir s’il n’avait pas lu entièrement son œuvre. Ce qui en soi eût été un exploit plus grand encore que d’écrire sa biographie.

     Bien évidemment comme pour les autres le livre s’est refermé sur un enterrement.

     Que voulez-vous, la vie est ainsi faite qu’il faut un jour ou l’autre la quitter.
***

     Le chien, qui lui ne s’exprime que par le regard ou les mouvements du corps, récupère de ses aventures vétérinaires et ne rate jamais l’occasion de venir se coucher à mes pieds à l’heure de la sieste lorsque j’ouvre le livre en cours. Il faut toutefois que je l’aide encore à se lever.

     J’ai repris la lecture des Historiettes, de Tallemant des Réaux, que j’avais délaissées depuis longtemps. Les petits comme les grands du XVIIe siècle y sont décrits au scalpel. Ainsi Ménage, avocat sans grand talent semble-t-il, et surtout sans goût pour la profession qu’il délaissa pour se faire abbé, sans ordre ni prêtrise, afin d’obtenir une prébende lui permettant de se consacrer à la grammaire et à son péché mignon, la médisance.

     Ce penchant lui vaudra bien des aventures et déboires. Alors dans l’entourage du cardinal de Retz, l’intendant de ce dernier, un nommé Rousseau, et quelques autres firent  » carrousse «  avec Ménage – c’est-à-dire burent et mangèrent plus que de coutume, ripaillèrent en un mot – et badinèrent avec lui, le soulevant en l’air et voulant le mettre comme Diogène dans un tonneau, l’appelant leur philosophe.

     Ménage crut qu’on se moquait de lui, mordit un des rieurs, se querella avec les autres, reçut un soufflet puis un  » …coup de poing à assommer un bœuf, comme s’il fallait tant de gens contre un philosophe. «  s’étonne ironiquement Tallemant. Malgré les excuses notre grammairien furieux s’alla plaindre au cardinal, lui demandant de chasser son intendant, de l’autoriser à lui administrer des coups de bâton et qu’à moins de cette vengeance il quitterait son service.

     Le cardinal ne balança pas entre l’homme de lettres et son intendant qu’il garda à son service. L’autre le quitta donc. Ménage se croyait indispensable. Le cardinal lui prouva qu’il n’en était rien.

     Ainsi devraient agir ceux qui ont responsabilité. Jamais le chantage d’un collaborateur ne devrait être toléré, et surtout n’y jamais céder. C’est faire preuve de sagesse, de bon sens, de raison que de ne pas répondre à celui ou celle qui met son poste ou son service en balance dans une négociation, car pour ce dernier ce n’est pas servir, c’est ne penser qu’à soi, se croire bien supérieur à ce que l’on est vraiment.    

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Cave canem !

24 mars 2019 § 2 commentaires § permalien

Mosaïque retrouvée à Pompéi

     Attention au chien ! Interjection impérative qui se veut dissuasive à l’entrée de nos cours, patios et jardins. Les latins déjà l’utilisaient, qu’ils aient ou non un chien, l’animal étant le plus souvent représenté sur mosaïque ou terre cuite, attesté par celle trouvée à Pompéi recouvrant le sol du vestibule d’une villa.    

     Selon certains l’expression ferait référence aux chiens d’or et d’argent campant aux portes du palais d’Antinoos, l’un des prétendants de Pénélope, le premier transpercé par la flèche d’Ulysse lors de son retour à Ithaque (Chant XXII – L’Odyssée – Homère – La Pléiade – pages 840-841).

     Pour ma part il eut été plus sage d’observer avec attention le chien qui m’accompagne dans mes promenades, lui que j’ai dû mener chez les vétérinaires après qu’il se fut affaissé tout à coup, dans l’impossibilité de se relever, comme paralysé.

     Depuis plusieurs jours, voire semaines, les symptômes d’une faiblesse caractéristique eussent dû m’alerter. Je mettais cela sur le compte de sa flemmardise chronique. Las ! Il souffrait de polyneuropathie, diagnostic qui laissait présager le pire si l’hérédité en était la cause. Une sorte de maladie de Charcot du chien.

     L’hypothyroïdie sévère détectée ensuite, qui donne les mêmes symptômes d’atteinte des nerfs périphériques, redonna le goût de l’espoir au chien qui comprit que la science devait être respectée, ainsi qu’à ses maîtres que l’euthanasie hantait en l’envisageant. Il suffit désormais de lui administrer, soir et matin, l’hormone absente pour qu’il retrouve dynamisme et entrain d’ici quelques jours.

     De la lévothyroxine ! Exactement comme celle connue pour l’humain sous le nom de Levothyrox, dont on a tant parlé dernièrement et que beaucoup ont critiqué en raison d’effets secondaires découverts soudainement suite au changement de formule des excipients ; car l’hormone est rigoureusement la même, qu’elle soit pour l’animal ou pour l’humain, et n’entraîne ni plus ni moins de désagréments qu’avant.

     Il est remarquable de noter, à ce sujet, que l’angoisse associée à un effet de masse provoque la crainte de l’un exacerbée par celle de l’autre. Bien souvent sans raison, sinon celle du mimétisme. L’absence d’esprit critique liée à la méconnaissance fait agir en dépit du rationnel et s’imaginer pour vérité ce qui n’est pas. Surtout fait succomber corps et âme aux chants des sirènes des pseudo-médecines ou traitements, pour leur malheur, ceux dont l’espérance a disparu et n’ont pas, comme Ulysse, sut s’en protéger.

     Mon chien, pour sa part, qui met toute sa confiance dans la médecine, vétérinaire ou humaine, ne croit en aucun complot ni lobbying pharmaceutique, ne se plaint de rien et commence à revivre.

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Les héros sont bien pâles

23 mars 2019 § Commentaires fermés sur Les héros sont bien pâles § permalien

     

Capture d’écran 20minutes.fr

      Le boxeur de gendarmes, lit-on dans la presse, est suspendu de ses fonctions par la mairie d’Arpajon où il travaillait le jour avant de regagner sa cellule la nuit.

     D’aucuns vont pousser des cris d’orfraie dénonçant ce paradigme de l’injustice. Je n’y vois que le résultat de comportements éhontés de la part de ce prétendu héros, glorifié dans une fresque à la ressemblance étonnante avec un boxeur de carton pâte qui fit les beaux jours d’Hollywood.

     Parce qu’aujourd’hui dans nos sociétés sans honneur, les héros mendient pour couvrir les frais inhérents à leurs frasques et qu’en plus, insatisfaits de la somme obtenue, toute honte bue, ils rugissent et réclament un supplément de trois millions d’euros par le biais d’une avocate, ils ont bien pâle figure. S’ils savent compter, ne savent guère réfléchir, ou lire, car, comme il est écrit au bas des contrats de placements, les résultats obtenus ne présagent en rien des futurs. Selon leur méthode, laissant la cagnotte en permanence ouverte, ce sont des milliards qu’ils eussent pu quêter. Il faut bien que toute supercherie s’arrête un jour.

     Aussi insignifiante que ceux qui les encensent, leur pensée se dévoile sous la caricature exposée sur les murs. Malgré le talent de ces tagueurs nous sommes bien loin des Dieux olympiens rayonnant sur de hautes civilisations.

     Ces nouveaux parangons ne planent que sur les bicoques bâties de bric et de broc près des ronds points ; gourbis à l’image de leurs architectes que l’usure du temps vouera à l’oubli.

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Reconnaître sa faute

17 mars 2019 § 2 commentaires § permalien

   

La vision après le sermon (ou la lutte de Jacob avec l’ange) -1888 – Paul Gauguin

     Nul n’est à l’abri d’erreur, de jugement hâtif ou encore de médisance. Le reconnaître apaise en partie la honte que nous pouvons en avoir.

     Sur le petit parking de la maison de retraite où je me rends le vendredi, la place parfois est manquante. Situé en plein centre ville, à quelques pas des commerces et de la plage les emplacements sont parfois monopolisés par des véhicules qui n’ont rien à faire ici, leur propriétaire profitant de l’aubaine pour aller faire des emplettes ou se baigner.

     Il y a quelques mois de cela nous étions, l’ami que je viens voir et moi, sous les arbres du parc de la résidence lorsque nous vîmes une voiture se garer devant le seul accès pour fauteuils roulants et nous interdisant ainsi d’en sortir. Je courais après la jeune femme qui s’en allait vers les commerces lui demandant de déplacer son véhicule ; ce qu’elle fit en s’excusant mais maugréant tout de même, n’ayant prévu qu’une absence brève.

     Je racontais cet épisode à la secrétaire qui m’informa que le cas était courant, m’incitant à le lui signaler s’il se reproduisait.

     À plusieurs semaines de là, arrivant comme de coutume, j’avisai un conducteur qui, après avoir garé sa berline, partit en piéton vers les rues commerçantes au lieu de se diriger vers le bâtiment où résident ceux que nous venons voir. J’en déduisis qu’il était de ces profiteurs accaparant le parking pour son plaisir et non par nécessité. J’en informai illico la secrétaire de l’accueil qui, me croyant sur parole, sur un post-it qu’elle glissa ensuite comme une amende sous l’essuie-glace, écrivit qu’il était interdit de se garer ici.

     Le hasard voulut que de l’étage où réside mon ami dont la chambre surplombe le parking, je fus témoin du retour de l’homme et de son épouse auprès de leur voiture — que la mienne côtoyait d’ailleurs. Fenêtre entrouverte je pus constater la surprise du couple à la découverte du message comminatoire et saisir toute la saveur du dialogue qui s’ensuivit entre eux et l’infirmière chef qui par coïncidence se trouvait là et dont la réaction fut superbement intelligente.

       » Mettez-le, dit-elle en parlant du billet, sur le pare-brise de la voiture d’à côté.
– Vous croyez ? s’épouvantait la femme qui hésitait d’effectuer une telle démarche.
– Oui, oui, je vous assure ; je le connais.
– Mais il ne sera pas content, insistait la pauvre femme, refusant toujours.
– Il a le sens de l’humour ; il en rira.  »

     Si je ris ce fut jaune, mais surtout éprouvai une honte indescriptible. Ce couple avait un parent résidant ici et après avoir laissé son épouse auprès de lui, le mari s’absentant bien innocemment, gara comme il se devait à son retour son véhicule sur ce parking où il avait autant de droits que moi et que pourtant j’accusai indûment.

     Nous agissons souvent sans plus réfléchir croyant détenir la vérité. En d’autres temps toute dénonciation, calomnieuse ou non, devenait tragique envoyant à la torture puis la mort ceux qui la subissaient. En cette époque, après les lettres des corbeaux, elle est malheureusement plus que jamais d’actualité par le biais de réseaux informatiques qui permettent aux délateurs, sycophantes en tout genre, bien des errances anonymes. En définitive l’esprit n’évolue guère et l’homme se comporte toujours avec autant de légèreté, persuadé qu’il est de faire œuvre utile. Ou serait-ce plus dramatiquement par pure méchanceté, jalousie ou haine ?

     Reconnaître ses fautes voudrait balayer cette dernière hypothèse.

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