3 octobre – Le cafard me gagne

7 octobre 2019 § Commentaires fermés sur 3 octobre – Le cafard me gagne § permalien

Zemmour (capture Youtube)

     J’ai craint le pire et le cafard m’a gagné en voyant Enthoven installé derrière le pupitre d’orateur de la convention de la droite, hétéroclite ramassis, cœurs desséchés d’un parterre râtelé par M. Maréchal. Aurait-il changé le chronico-philosophe ? Non point ! Ouf, je respire ! Invité par les populistes, il répondait aux éructations insanes de Zemmour, penché sur le pupitre, faciès cafardeux avant Ménard, nullard, qu’il n’était besoin de contredire. Enthoven opposait son sourire au rictus momifié des deux autres. 
     Alors ça n’a pas manqué, les huées et les quolibets, insultes, injures, menaces, fusèrent à son encontre. Ne devait pas être très à l’aise dans cette galère le prof de philo et pourtant l’image était belle comme l’antique. Samson face à trois mille Philistins et en tuant mille armé d’une simple mâchoire d’âne. 
     Sinon que ce jour-là nul ne fut tué dans l’amphithéâtre plein comme un œuf de saurien malgré l’envie que devait en avoir certains qui ne furent nullement convaincus et en aucun cas chassés de leur courant idéologique. 
     La question que je me pose, n’étant pourtant pas de ceux qui s’indignent de dialoguer avec quiconque le souhaite, mais face à face, fût-il un adversaire, est de savoir à quoi cela a-t-il pu servir ? Est-il concevable de grimper sur scène lors de la tournée d’un chanteur pour tenter de démontrer à ses fans qu’il a une voix de fausset ? 
     Au risque de se faire lyncher. 
    

Cafard (capture d’écran)

    Au fait, dans l’interprétation des rêves à l’usage de l’Islam, rêver de cafard peut présager une bonne chose si la bestiole est rouge ; en revanche si elle est noire le pire est à craindre.

Share Button

Ma coiffeuse, Quinte-Curce et Cicéron

20 septembre 2019 § Commentaires fermés sur Ma coiffeuse, Quinte-Curce et Cicéron § permalien

Buste de Cicéron – Wikipédia
   Hier matin, séance chez ma coiffeuse. Dans le village n’existe aucun commerce. Hormis un cabinet d’infirmières et de kinés. Il faut aller au bourg voisin, et encore n’y trouve-t-on qu’une boulangerie, un bureau de tabac, deux garagistes, deux médecins, une pharmacie et pour quelques mois encore un salon de coiffure. Le maire dudit bourg n’a rien fait pour la retenir, refusant un permis de construire, alors que les propriétaires du local commercial où elle officie le veulent récupérer. Elle partira donc ailleurs dès le début de l’an prochain. 
   Pendant que j’attendais mon tour, sous sa main experte un anglais peu loquace devenant quasiment chauve, je pensais à son système de remise et me permis de lui affirmer qu’il n’était pas justifié d’offrir la onzième coupe de cheveux après les dix premières payées, quand bien même j’appréciais le geste. Précisant que toute peine méritait salaire et qu’offrir gratuitement une tâche revenait à la dévaloriser. Elle me répondit que les gens n’aimaient pas les remises. Ça ne les intéresse pas, même à moitié prix. Et puis, ajouta-t-elle en un sourire, ce n’est que la coupe, sa main d’œuvre, faisant payer tout supplément. 
   Mon anglais en bénéficia. C’était le numéro gagnant du jeu des ciseaux. Je ne sais s’il comprit tout ce que j’avais dit, mais il partit enchanté après avoir repris rendez-vous pour le mois suivant. Vivement l’année prochaine devait-il songer en sortant s’il la suit dans son futur salon. Et c’est ainsi que le commerce survit péniblement, que les compagnies aériennes font faillite en rognant les tarifs et que le temps s’écoule sans que l’on s’en aperçoive. 
  
   Spinoza, dans sa préface à son « Autorités théologique et politique », évoque la superstition et cite Quinte-Curce qui affirmait que « La superstition est le plus sûr moyen auquel on puisse avoir recours pour gouverner la masse. » 
   Il n’est pas une affirmation plus juste depuis toujours et particulièrement efficace en cette période de peur climatique totalement infondée. La nouvelle superstition c’est le grand Satan CO2, et l’infaillible parole du Pape est celle du Giec. Dieu étant le Climat devant lequel on se prosterne. Une cohorte d’apôtres diffuse la bonne parole qu’une sainte traversant les mers va porter pour convaincre les impies. 
 
   Retour de balade aujourd’hui les poches pleines de noisettes. Avec le vent violent de ces jours derniers elles tombent des arbustes et le chemin blanc derrière la maison en est jonché. Je m’arrêterais à chaque enjambée pour les ramasser si j’avais de plus grandes poches à mes pantalons. Je comprends les écureuils qui thésaurisent, c’est un fruit délicieux ; ils n’auront pas la peine de grimper dans les branches pour les cueillir, j’en ai laissé suffisamment pour plusieurs hivers. 
  
   Retour de balade donc et les nouvelles lues m’informent du procès Mélenchon, vous savez cet individu, victime de complots en tout genre, colérique, qui n’accepte pas d’être traité comme tout le monde. Et il ne l’est pas d’ailleurs, pas encore en tout cas, car n’importe quel quidam, après une comparution immédiate, aurait dormi en prison pour outrage à magistrat et agents s’il avait agi comme lui et ses comparses le firent lors de la perquisition des locaux du parti. À tout le moins se serait-il retrouvé en garde à vue. 
   Cicéron dans son traité des Lois, livre III, chapitre II, précise que « Il ne suffit pas que les citoyens soient soumis aux magistrats et leur obéissent, nous voulons aussi qu’ils les honorent et les aiment. » C’est peut-être beaucoup demander d’aimer un magistrat, surtout s’il vous condamne, mais tout au moins le respecter. Il ne fait qu’appliquer la loi que des députés ont approuvée. 
   Mélenchon devrait feuilleter Cicéron au lieu de relire son dernier bouquin quand des caméras le filment à l’Assemblée nationale, là où les lois sont justement votées.

 

Share Button

Violents et violeurs

11 septembre 2019 § Commentaires fermés sur Violents et violeurs § permalien

Ajax violentant Cassandre dans le temple d’Athéna
Fresque de l’atrium de la maison de Ménandre, Pompéi
50-79 apr.JC
Musée national de Naples

   Démocrite affirmait que « Nombreux sont ceux qui commettent les pires forfaits, mais fournissent d’excellentes raisons. » 
   A priori je constate que rien n’a guère changé depuis deux mille cinq cents ans. 
   Il ajoutait, deux pensées plus loin, compilées par Stobée, que « C’est dans les actes et la conduite qu’il faut rechercher la vertu, et non en paroles. » 
   À relire régulièrement les philosophes grecs d’avant et après Socrate, on se demande pourquoi tant d’auteurs son venus ensuite pour n’apporter rien de plus. Car tout est dit, de Thalès, le premier philosophe, jusqu’à Marc Aurèle en passant par Platon, il n’y a qu’à puiser pour se fixer une conduite de vie. 
   Ce qu’un bon nombre de nos contemporains ne font et ne feront jamais. 
   Quand j’entends par exemple ces hommes violeurs ou violents, dont certains se posent en censeurs, théologiens et autres moralisateurs, s’embrouiller dans des palabres incertains allant jusqu’à la palinodie pour se justifier et affirmer la main sur le cœur que le revirement du jour n’est dû désormais qu’au souci de vérité, la crainte d’un jugement hâtif et forcément accusateur ayant précédemment développé en eux l’exigeant besoin de nier d’emblée toute faute, quand je les entends minimiser leurs forfaits la nausée me submerge et me révulse ; mais ils ne dupent qu’eux-mêmes. Quand, de plus, l’un d’entre eux ose citer plus de quatre vingt fois le nom d’une victime dans un livre qu’il fait paraître, répandant ses turpitudes en tartines indigestes, c’est en rajouter à l’ignominie, démontrer qu’aucune morale, aucune règle ne conduit la vie qu’il mène et prouver par là-même d’une quasi certitude les actes qui lui sont reprochés. 
   Il n’est pas nécessaire de nommer ces capons, doublement criminels en actes et en paroles, non par crainte – il ferait beau voir et d’ailleurs tout le monde les reconnaîtra – mais tout simplement parce que les sortir du néant qui leur convient serait trop grand honneur pour eux qui n’en ont pas. Ils feraient mieux d’avoir la décence de se taire, même après avoir purger leur peine, car ils ne sont que bassesse. Le véritable truand – et je me répète sans aucun doute – qui reconnaît ses crimes, les assume, est plus respectable que ces lâches qui frappent ou violent une femme puis se tortillent, gluantes anguilles, lorsqu’ils tentent, pris dans la nasse, d’échapper à la justice.

Share Button

Journal – 3 septembre

4 septembre 2019 § 2 commentaires § permalien

Le battage du blé noir ou La batterie, Le Pouldu – Paul Sérusier – 1890


   Le reste du chemin à parcourir par l’homme âgé est jonché de cadavres comme autant de fleurs fanées. La mort l’accompagne jusqu’à la ligne d’arrivée, qui est en fait l’ultime départ. 
  J’apprends aujourd’hui le décès d’une femme au visage évanoui. Je l’avais connue alors que nous étions petits enfants. Nous avions elle et moi le même âge et nous jouions ensemble lorsqu’aux vacances d’été nous venions dans le village de nos grands parents.
  Dans la ferme de ma grand-mère maternelle qu’exploitait un couple de métayers, au moment des battages, l’énorme machine à vapeur aux courroies démesurées séparait le grain de l’épi. Un homme sur l’engin juché au bord de la gueule béante du broyeur, l’alimentait des blés moissonnés qu’un autre, arqué sur une remorque accotée, lui jetait en bottes du bout de sa fourche. Du flanc de la machine tonitruante se gonflaient les sacs emplis d’une graine dorée pour le meunier, à l’arrière s’amoncelait la fine écosse éjectée en un geyser ensoleillé, dune sur laquelle, chaque année de nos vacances, nous riions en y grimpant, s’y enfonçant, y roulant nos cabrioles, nous enveloppant d’une fine pelure, son frère, le mien, la fille des fermiers, elle et moi. Puis les battages cessèrent ; fut vendue la ferme. La vie nous sépara.
   Elle s’appelait Margaret. Belle comme le jour, sans doute en fus-je amoureux. À quatre ou cinq ans j’aimais déjà la femme qui se devinait en elle. Je ne l’ai jamais revue, ou peut-être entrevue de loin toujours radieuse. J’eus des nouvelles de sa maladie par une de ses cousines qui m’apprit également sa mort. 
   Mon chemin, de mes six ans où j’embrassais le front glacé de mon grand-père avant d’aller pleurer, caché derrière un meuble, à l’âge qui est le mien aujourd’hui sans avoir pu baiser hier le front de Guillaume, mon chemin fut parsemé d’amours qui ne sont plus, comme autant de grains de blé à moudre pour pétrir mes souvenirs. 
   Avoir la sagesse de Socrate pour qui la mort n’était qu’une étape. 



   Promenade sous le doux soleil de septembre. Avec le chien, de retour assoiffé. Une couple d’heures à ramasser des mûres. Cette année encore les ronces furent garnies mais les fruits, par manque d’eau, sont petits, rabougris parfois, desséchés bien souvent. La cueillette fut maigre. À peine de quoi faire deux tartes. En revanche des myriades de mirabelles nous furent offertes. Confiture et dessert sont au programme. 
   De quoi penser à autre chose.
Share Button

Yann Moix, exista-t-il ?

21 août 2019 § Commentaires fermés sur Yann Moix, exista-t-il ? § permalien



   Yann Moix est, paraît-il, un chroniqueur qui sévit à la télé. Lorsque j’entends – du moins et plus précisément lorsque je lis – sa critique envers Valérie Damidot qui se moqua de sa virilité rikiki, sachant que les intervenants télé ne brillent pas toujours pour leur maîtrise du français, ce qui n’est pas un reproche en raison de sa difficulté, je reste abasourdi face à la maestria dont il fit preuve. Car, se targuant d’être un écrivain, le sus-nommé fit un louable effort de grammairien dévoué à la cause du subjonctif afin d’épater une galerie de trois crétins qui s’esclaffèrent. Au risque de passer au mieux pour un nouveau Trissotin, au pire pour un cuistre. 
   Yann Moix connaît la concordance des temps. C’est évident. Dans son emploi littéraire s’entend. Car dans la langue courante moderne, son discours ressemblait plus à du galimatias à l’usage des pédants, appliquant à la lettre la règle qui veut que, si la subordonnée est au subjonctif lorsque la principale est à un temps passé de l’indicatif, le verbe est alors à l’imparfait dans le langage littéraire. Ainsi est-il loisible d’écrire : « Je ne savais même pas qu’elle existât. » Mais plus modestement, de façon contemporaine et surtout selon que le sens l’exige il eût été sans doute plus correct et surtout plus compréhensible de dire : « Je ne savais même pas qu’elle existait. » selon la règle qui veut que si la subordonnée est à l’indicatif le verbe est à l’imparfait. 
   Désormais il sait donc qu’existe Valérie Damidot. Quant à moi je ne savais même pas que tant de gens puissent dépenser une telle énergie pour de telles billevesées. 
  Il existe, à l’usage de ceux qui veulent écrire ou parler sans emphase mais correctement, des ouvrages incontournables comme le Bescherelle, le Bescherelle pratique ou le Grévisse vers lesquels se précipiter afin que leur cerveau avide de savoir trouvât matière à pétrir. C’est peut-être beaucoup demander pour un chroniqueur qui a, semble-t-il, dépassé le stade de l’apprentissage mais non celui de l’adolescence pour ses amours et celui du complexe d’œdipe vis à vis de ses parents.
Share Button
  • Mes livres

     

    Dispo : Fnac  —   Chapitre

  • Articles récents

  • Archives

  • Divers

  • Écoutez si ça vous chante

    Érik Satie – Gnossienne 5 – Daniel Varsano